Sous Le Préau, la plage... Prendre ses responsabilités, pour la culture
Bonjour à tous,
Bonjour les amis,
Bonjour les camarades,
Et particulièrement à ceux de la Culture et du Politique
C'est à vous, Pauline et Vincent, Co-Directeurs du Théâtre du Préau, que je m'adresse dans cet entre-deux tours. Vous pourriez vous retrancher derrière les derniers sondages et vous dire que c'est gagné. Vous pouvez aussi ne pas croire à ces sondages et privilégier l'engagement et la responsabilité dans l'affirmation de vos convictions tout en gardant et affirmant un positionnement éthique. En effet, Il y a des moments où des dilemmes éthiques se posent et où l'action se justifie à partir du questionnement entre conviction et responsabilité. C'est Max Weber, entre autres, qui nous a permis d'avancer sur le sens de l'action pour toute personne ayant des responsabilités institutionnelles.
Quelle est la situation?
Vous la connaissez "parfaitement" et vous nous avez d'ailleurs proposé de nombreux moments tous aussi importants les uns que les autres pour y réfléchir. Je pense particulièrement aux "Misérables", "aux Mains Sales", à "En Travaux", à "Conversion"... Bref que de bons et grands moments de théâtre. Mais la réflexion et la représentation ne suffisent plus, il faut agir maintenant, car, toujours avec Weber, la situation est toujours belle et bien celle-ci:
« Le destin de notre époque, caractérisée par la rationalisation, par l'intellectualisation et surtout par le désenchantement du monde, a conduit les humains à bannir les valeurs suprêmes les plus sublimes de la vie publique. Elles ont trouvé refuge soit dans le royaume transcendant de la vie mystique soit dans la fraternité des relations directes et réciproques entre individus isolés. »
Alors comment agir politiquement après l'avoir fait culturellement?
Commencer par approfondir le questionnement éthique entre responsabilité et conviction, toujours avec Weber.
" il y a une opposition abyssale' entre l'attitude de celui qui agit selon les maximes de l'éthique de conviction - dans un langage religieux nous dirions : « Le chrétien fait son devoir et en ce qui concerne le résultat de l'action il s'en remet à Dieu» - et l'attitude de celui qui agit selon l'éthique de responsabilité qui dit: « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. »" .../..."Lorsque les conséquences d'un acte fait par pure conviction sont fâcheuses, le partisan de cette éthique n'attribuera pas la responsabilité à l'agent, mais au monde, à la sottise des hommes ou encore à la volonté de Dieu qui a créé les hommes ainsi. Au contraire le partisan de l'éthique de responsabilité comptera justement avec les défaillances communes de l'homme (car, comme le disait fort justement Fichte ( 1 , on n'a pas le droit de présupposer la bonté et la perfection de l'homme) et il estimera ne pas pouvoir se décharger sur les autres des conséquences de sa propre action pour autant qu'il aura pu les prévoir."
Continuer en passant de l'éthique au politique, en se demandant ce qu'il serait possible de faire pour se débarrasser de cette France forte. Que dis-je, de ce Font fort ?
Ne rien faire, laisser faire, laisser dire est en soi une façon de faire. Est-ce suffisant?
Appeler Frédéric Mitterrand pour savoir quoi faire, ce serait affligeant
Prendre la parole publiquement et appeler à voter Hollande, ce serait décevant
Prendre la parole publiquement en s'appuyant sur des positions d'élus de droite qui ne voteront pas pour Sarkosy, ce serait encourageant
Prendre la parole publiquement pour expliquer culturellement en quoi voter Sakosy est dangereux, ce serait décapant
Si j'avais la prétention d'être à votre place, je pencherais pour une articulation entre les deux dernières propositions en m'appuyant sur les nombreux élus avec qui vous travaillez pour le développement culturel local. Je rédigerais une tribune reprenant par exemple des éléments de l'analyse de Plenel avec son "Alarme citoyenne" (elle est ici) et la soumettrais à l'ensemble des élus présents dans mon carnet d'adresse pour contribution, avis et approbation avant diffusion avec la possibilité de la signer conjointement.
Je ne me fais pas beaucoup d'illusion sur l'impact de ce texte et la possibilité d'un engagement de l'institution Préau dans cette démarche. Cela ne m'empêche absolument pas de défendre ce que vous faites et en particulier votre travail de création que je définirais pour le moment par une "esthétique de la suggestion" plus que de l'affirmation. Mais cela me permet au moins de revenir sur les positionnements institutionnels entre éthique et politique.
Nous avons eu récemment, localement, une discussion sur la participation citoyenne, version Claude Guéant avec le dispositif "voisins vgilants". Elle portait sur l'implication, la réaction institutionnelle qu'aurait dû avoir, de mon point de vue, certaines institutions d'éducation populaire. Je crois et continue à penser que c'est le même sujet...
... Celui d'institutions qui se protègent et de cadres qui s'en accommodent en fermant les yeux,
en se bouchant les oreilles et en se bâillonnant...
...Celui d'une auto-censure, la plus dangereuse qui soit.
...Celui finalement de l'engagement entre don, intérêt et désintéressement...
...Celui de l'engagement est-éthique
Celui d'une prise de parole non seulement sur le beau et le bon mais aussi sur le juste, sur la justice et surtout, la justesse d'une analyse située dans le temps et l'histoire. L'histoire de ce mi-parcours d'un entre-deux tours, de ce mi-parcours entre 2002 et 2022, comme celui de 1929, entre 1919 et 1939. .
Oui bien sûr, c'est peut être un peu exagéré, comme la couverture de l'Huma du 25 Avril dernier, mais il faut tout de même rappeler tout ce que nous avons eu à combattre depuis 10 ans maintenant et surtout, ces deux dernières années, les roms, les civilisations, Roucault.
Nous ne pouvons plus laisser faire, laisser dire, laisser entendre sans répondre, sans agir d'une manière qui va au-delà de nos responsabilités individuelles et institutionnelles, en conscience.
Oui en conscience, parce que la représentation, qu'elle soit théâtrale, artistique ou politique est justement une affaire de fonction symbolique qui construit des consciences individuelles et collectives.
C'est à cette action que je vous convie, Pauline, Vincent et tous les autres...
Participer d'un moment de construction symbolique d'une conscience collective par l'exercice d'une "citoyenneté institutionnelle" portée par une légitimité est-ethique.
Allez histoire de se détendre, un petit détour vers Dick Annegarn qui nous disait ceci: " "l'art est un divertissement qui donne bonne conscience à ceux qui le pratiquent, rend inactif ceux qui le consomment, dans un contexte ou chacun doit se battre pour vivre, manger, se loger".