Sarko et la police
DL
Le 23 mars dernier, à Melun, alors que Nicolas Sarkozy rend hommage à un brigadier tué par l'ETA, une dizaine de policiers lui tournent le dos dans la foule rassemblée en silence. Un geste de défi symbolisant le malaise d'une institution au bord de l'implosion. C'est sur cette scène que s'ouvre le documentaire de Jean-Michel Décugis et François Bordes. Il sera sans concession ni langue de bois. Tétanisant.
Anonymement ou à visage découvert, des flics racontent la peur qui leur vrille le ventre quand ils patrouillent dans les quartiers sensibles. La hiérarchie qui les accable et les muselle au lieu de les soutenir. Les désirs de mort qui hantent les plus fragiles. Les suicides, le sentiment d'impuissance et les flambées de haine. Une dégringolade muette entamée il y a cinq ans lorsque Sarkozy, qui n'était encore que ministre de l'Intérieur, déclarait vouloir "nettoyer les cités difficiles au Kärcher", empêchant ainsi toute possibilité de dialogue.
Le résultat est là, terrible, dans le regard écoeuré de ces hommes et ces femmes qui ont juré de protéger les citoyens, guerriers désarmés d'un combat qui les dépasse.