Pour une perspective, comme une histoire courte...

Publié le par vir-revoltes.over-blog.fr

Avril 2002, chacun se souvient avec sa "part maudite" d'oubli, de refoulement confortable...

Nous n'avons en ce moment que la suite logique de cet évènement.

Comme disait Baudrillard, "la guèrre du golf n'a pas eu lieu", les "simulacres" nous assaillent et la "conjuration des imbéciles" nous a amené 2002.

 

Depuis, nous avons eu la classe politico-médiatique qui "Ségosylle". Dernier exemple en date, les informations sur la LOPPSI 2 dont le sénat à enterriné le pire et nous affiche sa "Bienveillance" pour le permis à point. 

 

Bref, "le pays va mal, le pays va mal, le pays va mal, si mal si mal"  Tiken Jah Fakoly

 

 

Bonne lecture pour la suite...

 

 

 

 

 

INTRODUCTION

 

 

 

Nous sommes le 23 avril 2002 et c’est tout de même un « drôle de moment » pour entamer l’écriture d’un mémoire qui se trouve être au cœur de la situation politique, sociale et économique actuelle. Cela fait maintenant 2 jours que nous vivons le cauchemar d’un résultat d’élection que personne n’avait véritablement prévu mais qui, pourtant, semblait tout à fait prévisible si l’on considère les multiples écarts croissants entre les différentes catégories de population. Tous ces écarts entre le citoyen et le politique, entre l’acteur et le corps intermédiaire institué, entre le jeune et le vieux, entre l’homme et la femme, entre le noir et le blanc, entre les parents et leurs enfants… sont les véritables symptômes de multiples fractures. Espérons que toutes ces fractures socio-économiques, fractures politiques, fractures culturelles, fractures numériques, fractures territoriales… sauront faire trembler notre conscience collective.

« Si un tremblement de terre est le résultat d’une fracture terrestre,

alors, toutes ces fractures doivent impérativement provoquer

un tremblement de nos représentations ».

 

 

L’idée de ce tremblement peut nous amener d’une certaine façon à considérer les théories de la complexité et du pluralisme comme un cheminement nécessaire et urgent afin d’aborder d’une manière plus ou moins transversale la notion de développement. Qu’il soit humain, social, culturel, économique ou « durable », il devra s’efforcer d’être pensé comme étant un développement plurielen s’engageant vers la construction conjointe d’une économie et d’une démocratie plurielle. Ce parcours nécessite une approche particulière qui se trouve être défendue par un des grands penseurs de la complexité qu’est Edgar Morin au travers du concept de dialogique1. C’est donc sous un angle « dialogal » de la confrontation des logiques et des conflits d’intérêt dans la régénérescence des espaces publics qu’un autre modèle de développement partagé et intégrése construira.

Depuis une trentaine d’années, les mouvements d’économie solidaire accompagnés d’un certain nombre d’intellectuels et de chercheurs ont alerté les autorités publiques sur l’importance du délitement des liens socio-économiques, démocratiques et culturels qui forgeaient notre pacte social républicain. Nous n’avons obtenu que quelques réponses partielles bien en deçà des enjeux. Elles étaient encore trop empreintes du traitement social du chômage et donc de l’unique dialogue entre croissance et emploi. L’oubli fondamental a été celui de la cohésion sociale ce que les chercheurs et les acteurs proches du CRIDA-LSCI2avaient parfaitement bien montré dans un ouvrage collectif3. Quant au second enjeu relatif au pacte démocratique, il a été mis en évidence dans un manifeste intitulé « vers un nouveau contrat social » qui posait comme principe « une autre compréhension de l’économie pour un meilleur agir politique »4. C’est donc en envisageant le développement d’une démocratie et d’une économie plurielle que nous commencerons à aborder le champ d’une véritable transformation politique et sociale. Cependant, cette transformation nécessite un véritable basculement de nos représentations de l’économique et du social ce qui nous amène à ré-interroger le paradigme de l’utilité économique et démocratique au travers des nombreux travaux du MAUSS (Mouvement Anti- Utilitarisme en sciences sociales) fondé en 1980 par Alain Caillé5. Il semble que ce soit dans l’articulation de ces différentes recherches que se trouvent, couplées aux théories économiques des régulations et des conventions, les réponses à la construction d’un nouvel imaginaire collectif. Le chantier peut paraître démobilisant de par son ampleur mais le renouveau des mouvements sociaux, l’extraordinaire développement d’Attac, les rencontres de Porto Alegre, les rencontres de Lima et Québec sur la « globalisation de la solidarité » et le développement, depuis une trentaine d’années, de micro-projets collectifs d’économie solidaire ne sont que des signes avant-coureurs d’une nouvelle « institution imaginaire de la société »6.

Reste que le chevauchement théorique existant entre l’histoire des sciences sociales et la raison utilitaire ne peut que renforcer l’idée selon laquelle le tremblement ou le basculement de nos représentations évoqué précédemment nécessite une véritable révolution culturelle. Douce, bien entendu, mais pour revenir un instant sur les récents événements électoraux, la douceur risque de se transformer en une violence difficilement maîtrisable (elle l’est sans doute déjà en partie) si ce paradigme n’est pas mis au cœur d’un débat collectif. L’économie solidaire est dans ce contexte un véritable support de médiation quant à la redéfinition d’une utilité sociale et collective véritablement partagée. Cette fonction médiatrice de l’économie solidaire doit être considérée comme un élément constitutif de cette transformation sociale et politique synonyme de révolution culturelle pacifique. Un autre élément important pouvant nous servir d’encouragement quant à la poursuite de nos réflexions est l’engagement du Secrétariat d’Etat à l’économie sociale et solidaire au travers de la mission confiée à Patrick Viveret sur « les nouveaux facteurs de richesse ». Une fenêtre s’est entre ouverte sur une autre représentation de la richesse avec ce travail ce qui n’est pas sans rappeler le slogan de Porto Alegre : « un autre monde est possible ». Cependant, si nous revenons un instant sur la notion de développement pluriel, « d’autres mondes sont possibles » paraît devoir être dans une meilleure adéquation avec la notion de pluralité. Il semble que ce soit par l’accumulation et la mise en perspective de ces différentes recherches et de ces mouvements que nous réussirons à faire véritablement trembler nos représentations collectives.

Reste à construire ensemble cette mise en perspective et c’est peut-être là le chantier majeur des acteurs de l’éducation qu’elle soit nationale ou populaire. La réaction des jeunes générations dès le lundi suivant les résultats de ce 21 avril 2002 est sans doute un des points les plus encourageants mais l’important derrière cet engagement est le passage d’une culture de la contestation à une culture de la construction. Nous avons, en tant qu’adulte, une véritable responsabilité éducative à ce sujet. Cet élément d’éducation constitutif de la révolution culturelle évoquée plus haut n’est pas sans rappeler la difficulté qu’éprouvent les mouvements anti-mondialisation avec le phénomène culturel que représente la culture de contestation. C’est Ignacio Ramonet lui-même qui le reconnaît lors d’une émission de radio (Là-bas, si j’y suis - Daniel Mermet- France Inter) diffusée en Févier pendant le dernier forum social mondial. Cet aveu n’est pas sans relation avec l’invitation des chercheurs et acteurs de l’économie solidaire à l’animation d’un forum et donc leur volonté de sortir de cette culture de contestation. Cependant, le débat sur l’éducation reste ouvert et devra être approfondi car le mouvement «Attac» se revendique comme un mouvement d’éducation populaire ce qui pose quelques questions quant aux contradictions évoquées à l’instant et au respect d’une de ses valeurs fondamentales qu’est le principe de liberté de pensée.

Le passage d’une culture de l’initiative contestataire à une culture de l’initiative constructive n’est pas sans rappeler une des notions fondamentales de l’économie solidaire qu’est le droit à l’initiative. Sans pour autant obligatoirement opposer l’initiative individuelle à l’initiative collective, il est vrai que cette dernière recouvre dans son esprit, sa définition et sa représentation beaucoup d’éléments relatifs au libéralisme économique. Cette représentation dominante de l’initiative supposerait un renforcement du droit à l’initiative socio-économique si nous souhaitons véritablement les transformations évoquées jusqu’à présent.

C’est à partir de ces quelques fondements que le projet de développement de l’économie solidaire dans le pays de la Baie du Mont St-Michel sera élaboré. Il s’appuiera sur les acteurs locaux et en particulier les trois structures institutionnelles que sont : La plate forme d’initiatives locales (Mortainais Initiative Réseau), l’association Musique Expérience et le conseil de développement du Pays de la baie du Mont St-Michel. Elles semblent pouvoir être au cœur des trois problématiques que sont : l’initiative socio économique, l’éducation/formation et l’accompagnement de projets par des pratiques d’éducation populaire et d’économie solidaire dans des espaces de démocratie expressive7et délibérative.

 

C’est dans l’articulation de ces trois problématiques que nous réussirons à faire évoluer la notion de développement local ou durable vers un développement pluriel par l’ancrage territorial d’une économie et d’une démocratie plurielle.

 

Histoire de se distraire un instant avant d’entrer plus en profondeur dans ces trois sujets, je vous propose de reprendre deux morceaux de SANSEVERINO8intitulés : « Le Tango des Gens » et « La Mer «.Ce morceau traite du naufrage de l’Erika entre autre et n’est pas sans rappeler les thermomètres malades évoqués au travers du rapport Viveret.

 

 

« Piétiner sur place ne sert plus à rien…. et ça m’énerve

Piétiner de rage ne sert plus à rien……. et ça m’énerve

Ça m’énerve……ça m’énerve ça m’énerve ça m’énerve »


1 Concept de la dialogique suppose que toute chose humaine se déploient différentes logiques irréductibles à une seule d’entre elles.

2 CRIDA-LSCI : centre de recherche et d’information sur la démocratie et l’autonomie- Laboratoire sociologique du changement des institutions.

3 « Cohésion sociale et emploi » dir J.L Laville et B. Eme, 1994 – Ed Desclée de Brouwer

4 « Vers un nouveau contrat social », Guy Roustang, J.L Laville, B.Eme, Daniel Mothé, Bernard Peret. 1996

Ed Desclée de Brouwer .

5 « Critique de la raison utilitaire » Alain Caillé, 1989 – Ed La Découverte

6 « L’institution imaginaire de la société », Cornélius Castoriadis, 1975 – Ed du Seuil

7 B.Eme – Intervention au DESS « Développement local et économie solidaire » de Valenciennes – 27/11/01

8 SANSEVERINO : 1er Album : « Le Tango des gens » - 2001 - Ed CH+

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